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Cette négociation s’annonce âpre, c’est la raison pour laquelle le Président a demandé à Terry, le meilleur vendeur de sa génération, l’homme des situations désespérées (souvenez-vous…) de l’assister dans cette entreprise.
En effet, les discussions pour le rachat du principal concurrent de la Firme achoppent sur de nombreux points, et l’introduction d’un homme nouveau semble la solution la plus appropriée à cette situation de crise.
Terry a étudié le dossier de fond-t-en-comble, ses assistants lui ont préparé des fichiers Excel avec des cellules flottantes lui permettant de jouer sur des variables d’ajustement, il a mis des marque-ta-page sur toutes les pages du contrat avec des points litigieux afin de pouvoir les retrouver très vite en séance, il a fait préparer une grande matrice des points à discuter avec les arguments, la position attendue de ses contradicteurs, l’objectif max et la position de repli, il est prêt.
Pas un mot n’a encore été échangé : Terry et le Président sont assis d’un côté de la table, Dove B. et Albert E. de l’autre, la réunion commence :
Terry : « Gentlemen, we are here around the table to reach an agreement on the pending issues. »
Dove : “Mais qu’est-ce que tu nous fais Baba, tu nous as pris pour des Américains ou quoi ? C’est pas compliqué l’histoire vous essayez de nous la mettre et on aime pas se faire niquer hein Albert ! »
Albert : « Môôô ! »
Terry : « Messieurs il y a maldonne, ma compréhension est que nous parlons d’un global deal portant sur un périmètre international »
Albert : « Môôô ! »
Dove : « Oué, Al a raison, vous voulez nous tuer ou quoi ? Tu crois qu’on est là pour vendre la boutique à Tonton Maurice ? »
Terry (le front perlant) : « Gentlemen, loin de moi l’intention de vous offenser »
Dove : « Non, mais quoi ! On est chez guignol ou quoi ? On peut parler affaires maintenant ? Alors voilà notre prix c’est 15, c’est oui, c’est non, ou c’est terminé ! »
Terry (blême) : «Nous parlons d’un projet industriel, Messieurs, dont le prix en est un élément certes important mais »
Albert : « Môôô ! Quoi ! Tu prends ? Tu laisses ? Putain Dove il me fait transpirer avec sa cravate rouge » (en effet Terry a mis sa cravate de closing, celle avec laquelle il avait signé le fameux contrat du tunnel sous la Manche).
Le Président sent que la partie est perdue. Il va prendre la parole mais Terry l’arrête en posant une paume moite mais ferme sur son bras.
Le portable d’Albert sonne, « Money » de David Guetta hurle dans la salle de réunion : « Allo ! Hein ? Mais non je sais pas où elles sont les clés de la Mini, t’as qu’à prendre le Cayenne, les clés sont dans la boite à gants du Cheerokee. Quoi ? Putain mais si t’as bloqué la Gold prends l’Amex Platinum ! Oui, je veux bien que tu invites David ce soir, et pourquoi non ? Bon et les enfants ça va ? OK passe-le moi… Zéèv je veux que tu donnes maintenant ta game boy à Moman t’entends ! Allez vas-y, oui, oui, je te l’achèterai, à ce soir mon amour, repasse-moi ta mère…Bon Chérie je peux pas te parler là on est en train de vendre la boite avec Dov…Mais si j’t’en ai parlé !!! Allez à ce soir, ciao…
Bon on disait quoi on dirait ?»
Terry (vert) : « OK, vous voulez jouer, jouons. Notre meilleure proposition c’est 13, et vous quittez la direction de l’entreprise à la signature de l’accord. C’est à prendre ou à laisser. »
Albert se lève, colle Terry contre le mur : « Môôôô ! »
Le Président, livide, lâche : « C’est d’accord, va pour 15, mais laissez-le je vous en conjure !» Albert se détend et drope Terry, qui, littéralement froissé, réajuste d’une main tremblante son nœud de cravate, et sort aussi dignement que la situation le lui permet.
Devant l’ascenseur, piteux, ils entendent les rires de Dove et Albert.
-Ne t’inquiète pas Terry, ça restera entre nous, et la semaine prochaine je t’envoie au Japon
Terry se redresse, l’étincelle du challenge s’allume dans ses pupilles éteintes :
- C’est vrai, M. Le Président ? Chez les Japs ?
- Oui Terry
- Vous savez Président, là-bas dans les affaires, c’est des Samouraïïïïïïïs ! On va en faire du Sashimi Hahahahaha (rire hystérique avec jeté de tête en arrière)
- Je compte sur toi Terry…
Les deux hommes se regardent en silence, émus par l’épreuve qu’ils viennent de traverser. La musique de l’ascenseur joue le meilleur morceau de Charly Oleg, ils se rapprochent, et s’embrassent tendrement.
La concurrence est globale.
Dans l’entreprise, face à la montée des pays émergents et à la mondialisation, il n’est plus de place pour les amateurs, les médiocres, les moyens.
Demain, ton job sera peut-être délocalisé en Inde ou en Chine, tout le monde est concerné, pas seulement les fonctions de production, mais également l’informatique, la comptabilité, la recherche et développement.
Seule solution : rester compétitif ! Se former ! Apprendre ! Se remettre en question ! Etre chaque jour plus performant que la veille, être au top et y rester.
Vigilance, anticipation, curiosité, réactivité sont les clés de la réussite.
Utiliser les techniques des sportifs pour améliorer ses performances professionnelles n’est pas une révolution, aussi ai-je décidé d’appliquer au jour le jour l’un des meilleurs outils de progression des athlètes : le fractionné. Je travaille 10 minutes à fond, je m’arrête une heure, je reprends 9 minutes, je m’arrête une heure…
Si chacun, modestement, essaye de contribuer à son développement personnel, c’est la productivité de tout un continent qui en sortira grandie.
16 ans qu’il est sur le circuit, 16 années à parcourir le monde de tournoi en tournoi, d’hôtel en hôtel.
Ce soir, il joue devant son public, personne ne pensait qu’il arriverait jusqu’en finale. Le stade est archi-comble, tout ce que la planète tennis compte de journalistes sportifs est présent. Pete, Bjôrn, John, Yannick, Jimmy, Mats, Guillermo, toutes les anciennes gloires sont venues aussi.
Dans le vestiaire, il sent l’émotion monter, il est conscient de tout ce qu’il a apporté à ce sport, et de ce que ce sport lui a apporté : la richesse, l’amour (plusieurs fois), la renommée.
C’est son dernier match, il n’a pas de regret, il sait que son déclin est inexorable.
Quand il entre sur le court, le soleil tape fort, la clameur du public lui noue les tripes.
Il est confiant, il va battre ce petit rouquin écossais.
Avec ce que son coach a mis dans le yaourt du gamin, il va pouvoir écrire en lettres d'or la dernière page d'une carrière exemplaire…