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En partant à la pêche, par
cette froide matinée de novembre, je ne suis pas dans mon assiette. Ballonné,
trop d’abus la veille, ce pantalon dans lequel j'entrais presque sans peine le mois dernier me serre la panse, mais on est à la campagne,
je ne vais pas exiger un retour anticipé sous prétexte que j’ai pris quatre kilos quelques grammes.
Ça fait une heure que je suis assis dans la barque en face de mon beau-père (Antoine), qui fume clope sur clope, sans se soucier que j’ai arrêté il y a une semaine (c’est pour ça que j’ai pris un peu de poids, j'ai remplacé les clopes par des Twix), et moi je ne sais pas où jeter mes papiers de Twix.
« On pêche quoi par ici Monsieur ? » (tant qu’à se faire chier, autant discuter un peu).
« On pêche rien si on cause ! » me répond-il, l’air haineux. Il a des petits yeux vicieux, j’ai l’impression qu’il a 2 litres de sang dans chaque œil, je me recule instinctivement de peur qu’il n’explose. Il n’explose pas.
Pourquoi je n’ai pas mis ce pantalon de Kway ? L’humidité remonte insidieusement par les fesses, j'ai l'impression qu'elles vont tomber. Faut voir le bon côté des choses, je serai sans doute cloué au lit demain avec 40° de fièvre plutôt que d’aller me faire chier au boulot. Haaaaaaaa, se faire dorloter, border, cajoler, câliner, choyer, bichonner, gâter (c’est bien la fonction Synonymes de Word vous ne trouvez pas ?).
Mais
pourquoi lance t’il des morceaux de barbaque dans l’eau ? Ce type est un malade,
je repense avec terreur à Buffet Froid.
Merde, mon papier de Twix est tombé dans la flotte. L’autre me regarde comme si j’avais chié sur la table. Ça va, ça va, je vais le ramasser ton papier.
Bon, sur cette barque de merde, va falloir faire gaffe, je me dandine pitoyablement vers le bord, je tends la main vers le déchet flottant, quand un énorme brochet jaillit hors de l’eau, se jette sur mon bras et repart après en avoir arraché la moitié.
Je pisse le sang, pourtant je n’ai pas mal. Je vois dans les yeux d’Antoine qu’il hésite : me jeter à l’eau pour appâter un peu plus, ou me sauver pour être un héros aux yeux de sa fille ? Il opte pour la seconde option, me fait un garrot avec du gros fil de pêche, puis rame comme un fou vers la berge.
Dans la voiture, on se regarde, il me sourit, presque complice.
« Vous en faites pas», lui dis-je, « c’était un bras de lait.
- J’espère que la petite souris passera mon gars, même si tu le mets pas sous l’oreiller. »
La semaine prochaine, avec Antoine, on va à la chasse.
Luke Skywalker est le dernier Jedi en activité. Il s’est entraîné pendant des années avec une discipline absolue pour vaincre l’Empereur, faire triompher la Force et rendre leur liberté aux forces rebelles. Avec ses amis, ils ont combattu le côté obscur jusqu’à la libération et ses retrouvailles tragiques avec son père Anakin/Dark Vador, mort dans ses bras (vous vous souvenez sans doute, on en a parlé aux nouvelles).
Aujourd’hui, alors que la paix règne dans la République intergalactique, Luke, allongé sur un lit, se tord de douleur face à cette femme qui le fait souffrir comme jamais. Il se concentre sur la Force, se remémore les conseils de Yoda et d’Obi-Wan Kenobi, mais à cet instant précis, il sait qu’il aurait pu basculer du côté obscur s’il avait été confronté à une telle épreuve en d’autres temps.
Il essaye de chasser les pensées négatives, notamment de ne pas penser à cet *$ !§<<¨^ de Han Solo qui l’a envoyé dans ce guet-apens. Quel enfoiré ce Han, il aurait pu le prévenir, l’épilation au sabre laser, ça fait un mal de bête.
On peut sentir l’électricité dans l’air. Il est 4 heures du matin, les négociations piétinent, chaque partie campant sur ses positions, pas la moindre ouverture ou compromis, Terry sent que l’affaire est en train de lui échapper, et il n’aime pas ça du tout. C’est le meilleur vendeur de sa génération, il fascine ou irrite, mais tous reconnaissent ses qualités.
Pourtant, ce soir, alors qu’il est en réunion de closing sur le contrat de sa vie, ses collaborateurs ne le reconnaissent pas : le front qui perle, il se tortille sur sa chaise, ne répond que par monosyllabes à cet acheteur dont en d’autres circonstances il n’aurait fait qu’une bouchée. Il finit par lâcher sur tous les points durs : les prix sont sacrifiés, le contrat est scandaleusement en faveur du client. Mais le minimum est assuré, cette affaire n’ira pas à la concurrence.
On se salue sans plaisir, l’assistant de Terry lui propose mollement d’aller boire un verre pour fêter cet accord mais il décline, prend sa sacoche, son pointeur laser, et sort de la tour sans se retourner.
Dans le taxi qui le ramène à l’hôtel, il ne peut retenir une larme qui coule lentement sur sa peau bronzée. Avec ses hémorroïdes, il n’aurait pas du mettre de string.
Larsen.